Flashpic : Le voile de Michelle, une image, une histoire

CC BY 2.0 Tadias Magazine on Flickr

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Comme si elle l’avait fait exprès. Franchement. Oui, ils vivent au Moyen âge, non, elle n’était pas vraiment emballée à l’idée de coller un voile sur son brushing frais alors qu’elle vient seulement de découvrir les miracles du rinçage au citron sur la brillance capillaire. Oui, elle aurait aimé descendre de l’avion les tétons à l’air rien que pour leur faire un pied de nez, aux vieux réac’. Sauf que Barack avait été clair. Honey, on est déjà suffisamment dans la mouise côté réchauffement des relations américano-arabes, on ne va pas en plus leur faire l’affront d’un brushing en pleine face.

Michelle a cherché quelques secondes, parce que Michelle aime bien comprendre, en quoi son brushing pouvait émoustiller le sexe opposé, mais puisqu’elle n’a pas trouvé, elle a soupiré et haussé un sourcil comme elle sait si bien le faire. Honey, qu’elle a répondu, je te jure qu’après ce mandat on a intérêt à aller planter des choux en Alabama, parce que j’en ai jusqu’au sourire ultra-brite, des ronds de jambe politiques. Sur ce, elle est allée emballer son carré Hermès pour mieux cacher son indécent brushing, histoire de ne pas provoquer d’infarctus en voyage diplomatique. Voilà. Vous voyez, sur le principe, elle était pleine de bonne volonté. Mais ça, c’était compter sans Air Force One et le smoothie au chou Kale.

C’est fatigant, les voyages diplomatiques. Ça n’a pas l’air comme ça, mais les petits fours et le champagne, ça vous retourne l’estomac plus efficacement qu’un Big Mac après le carême. Or Michelle est ambassadrice de la vie saine, ne l’oublions pas, elle a élevé la pomme au rang de Kit Kat, afficher un bourrelet en lieu et place d’un réservoir à légumes verts, c’est tout bonnement inimaginable. Heureusement, Michelle a plus d’un chou dans son sac et non, il ne s’agit pas d’un jeu de mots. Michelle a réellement des choux Kale dans son sac. Parce que le chou Kale, c’est le Guronzan du petit four, et que ça vous récure un estomac malmené en deux temps trois smoothies.

Ce jour-là, dans l’avion, Michelle a donc procédé comme à son habitude, ignorante qu’elle était du concept de la journée de mercredi. Non, Michelle ne dit pas de gros mots, sans quoi c’est un dollar dans la tirelire, il fallait bien ça pour Malia et Sasha, mais bref. Air Force One volait, le Secret Service veillait, Barack ronflait. Il n’y avait vraiment pas de quoi s’attendre au pire. Michelle a gagné le coin cuisine et sorti son chou Kale, une pomme et quelques pousses d’épinard. Un bon smoothie revigorant, voilà qui lui préparerait la mémoire interne aux agapes à venir – c’est qu’en Arabie Saoudite, si la femme ne conduit pas, elle a encore le droit de manger.

Tout a commencé avec la pomme. Apparemment, la Granny n’était pas d’accord pour finir en quartiers. Au premier coup de couteau, la rebelle a bondi sur le comptoir et atterri dans le sac à main de Michelle, en plein sur le carré Hermès en attente de cache-brushing. C’est juteux, une Granny. Sans témoins, Michelle a ignoré le concept de la tirelire à gros mots, ramassé l’insurgée et le foulard imbibé pour le glisser autour de son cou. Sitôt qu’elle aurait remis son estomac dans le droit chemin, elle irait sécher son carré Hermès au sèche-cheveux. En attendant, à nous deux, pomme rebelle.

Cette fois, la Granny fermement maintenue d’une main et le couteau dans l’autre, Michelle a opté pour la technique du planté-découpé et poignardé la coupable en plein cœur. Non mais. Ce n’était pas encore aujourd’hui qu’une pomme l’empêcherait de déguster son smoothie, foi d’Obama. Voilà très exactement ce qu’elle pensait au moment où Air Force One a décidé de marquer sa solidarité envers la Granny d’une mémorable embardée, envoyant rouler la pomme agonisante derrière le blender. Non, Michelle non plus n’imaginait pas qu’un avion puisse sympathiser avec une pomme, mais elle vous assure que la coïncidence était troublante.

Toujours est-il que Michelle a ignoré l’avertissement. Elle s’est penchée par-dessus le blender pour récupérer la pomme, un poil furax de voir un fruit faire poireauter son chou Kale. Qui lui, attendait sagement son tour, en paix avec son destin. Avez-vous vu les photos de Michelle descendant les marches, ce jour-là ? Noté son manteau à motifs, sa tunique de soie bleu cobalt ? Ce que vous ignorez, c’est qu’à l’origine, la tunique bénéficiait d’une ceinture. Une belle ceinture noire à grosse boucle. Qui, apparemment, éprouvait elle aussi une empathie mordante pour la malheureuse Granny, à croire que ladite Granny avait été Gandhi dans une autre vie. Et lorsque Michelle s’est penchée par-dessus le blender, la boucle de la ceinture en a profité pour appuyer sur le bouton « pulse ».

Le bouton « pulse » est une glorieuse invention de l’industrie pour offrir un coup de boost au smoothie récalcitrant. Visualisez donc les petites lames du blender qui se lancent en mode ninja à l’assaut du smoothie avec un bruit de réacteur. Remplacez le smoothie par la pointe du carré Hermès de Michelle, vous aurez une image assez fidèle de la scène. Poursuivez avec le carré glissant au ralenti du cou d’une Michelle ébaubie pour mieux se faire hacher menu par le ninja, vous aurez une idée de la fin.

Alors elle était censée faire quoi, Michelle, hein ? Figurez-vous que le Secret Service ne disposait d’aucun carré Hermès de remplacement. C’est donc avec un calme exemplaire que la première dame a chopé la pomme, défait sa ceinture, emballé la rebelle et son couteau dans la boucle et après avoir envisagé de passer le tout au blender, opté pour la poubelle, histoire de ne pas, en plus, mettre le feu à Air Force One en court-circuitant le blender. Et c’est en grignotant ses feuilles de chou Kale directement sur la bête qu’elle est allée annoncer à Barack que pour une fois, elle ferait une entorse à la bienséance mais qu’après tout, il était plus que temps de secouer le cocotier, et que s’il osait lui suggérer de découper un rideau pour remplacer le carré Hermès, elle lui ferait avaler la boucle de sa ceinture sans assaisonnement. Ah et que sinon, elle ne voulait plus jamais voir une pomme Granny à la Maison Blanche.

 

Audrey C. Audrey C. (50 Posts)

Bloggeuse motivée, auteur en devenir, styliste chamarrée, infographiste monochrome, lectrice acharnée et indécrottable optimiste. Rire, faire rire, s’évader et s’oublier. Ecrire, toujours, dessiner, souvent, faire bouger mes doigts et grincer mon cerveau, communiquer et me planquer derrière un écran, tout ça sur www.mamzette.com, la plupart du temps.


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